Les innovations technologiques émergentes ont le potentiel de transformer la conchyliculture, rendant les pratiques plus durables et efficaces tout en préservant l’écosystème marin en Normandie. En explorer les dernières avancées, telles que l’utilisation de capteurs pour surveiller la qualité de l’eau ou des techniques de culture révolutionnaires, permet de découvrir comment ces évolutions peuvent offrir un avenir prometteur pour les producteurs conchylicoles. Ainsi, il est fascinant de voir comment ces progrès pourraient répondre aux défis actuels et contribuer à la résilience de cette industrie essentielle.
CHAPITRE 1 A propos Oxyvir 2 : Un projet scientifique pour éclairer la filière conchylicole réflexions, doutes et attente prudente
Un contexte de vigilance sanitaire
Chaque année, la période hivernale est marquée par un risque accru de toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) reliés plus ou moins rigoureusement à la consommation de coquillages, notamment les huîtres. La cause principale identifiée est la présence de norovirus, responsables de nombreuses gastro-entérites. Actuellement, la réglementation impose le retrait et le rappel des lots dès la détection du génome viral, sans distinction entre virus infectieux et non infectieux. Cette approche, bien que préventive, pénalise fortement la filière conchylicole française.
Oxyvir 2 : Un projet en cours pour évaluer les indicateurs virologiques
Face à cette problématique, le projet Oxyvir 2 a été lancé en octobre 2024 pour une durée de trois ans. Ce programme, mené par Actalia dans le cadre de l’UMT Actia Virocontrol et financé par le Feamp, viserait à proposer un indicateur fiable du danger représenté par les norovirus. Le « dada » de laboratoire est de lier bactoriophages infectieux et norovirus: les bactériophages ARN F-spécifiques (FRNAPH) sont alors étudiés comme potentiel marqueur de contamination virale, et permettraient de mieux anticiper les risques réels pour les consommateurs.
Des incertitudes scientifiques encore présentes, et c’est normal en matière de recherche scientifique
Si l’intérêt des bactériophages ARN F-spécifiques comme indicateur est étudié, la prudence reste de mise. Des études ont montré que la présence de FRNAPH ne garantit pas nécessairement celle de norovirus infectieux. En effet, les résultats obtenus jusqu’à présent sont contrastés, et il semble parfois difficile d’établir une corrélation systématique entre la présence de FRNAPH et un danger immédiat pour la santé publique.
D’autres travaux ont révélé que la persistance des FRNAPH dans les coquillages est variable et pourrait être influencée par les conditions environnementales. Une élimination plus rapide des FRNAPH par rapport aux norovirus infectieux a été observée, ce qui pose question entre pertinence et fiabilité d’indicateur .
Trois ans d’expérimentation nécessaires avant de statuer
Le projet Oxyvir 2 prévoit une période d’expérimentation de trois ans afin d’évaluer rigoureusement l’intérêt des FRNAPH comme indicateur virologique (un cahier ou dossier professionnel n’a été réalisé qu’à mi-décembre 2024). Cette durée est essentielle pour tester différentes conditions environnementales et comparer les résultats avec l’absence ou la présence d’épidémies de gastro-entérite. À ce jour, les mois de novembre et décembre 2024 n’ont enregistré aucune épidémie majeure, ce qui constitue une donnée intéressante mais insuffisante pour en tirer des conclusions définitives. Il est important de contrôler que sur l’ensemble de la façade maritime conchylicole , les données sont bien observées dans cette grande expérimentation pour éviter une non prise en compte par diverses interlocuteurs (DGAL, ANSES, …)
D’autres recherches en cours avec des perspectives prometteuses
Parallèlement à Oxyvir 2, d’autres recherches indépendantes sont menées par des laboratoires très sérieux. Ces initiatives, souvent moins consommatrices de fonds publics, explorent surement d’autres approches ou d’autres modalités pour identifier les indicateurs les plus pertinents du risque virologique. Ces travaux, menés avec des méthodologies diversifiées, pourraient offrir des solutions complémentaires ou plus efficaces àcourt ou moyen terme pour la filière conchylicole. Il est essentiel de suivre ces avancées de près afin garantir un équilibre entre protection sanitaire et viabilité économique.
Prendre le temps de la réflexion pour éviter des décisions hâtives
Face aux enjeux sanitaires et économiques, il est crucial de ne pas se précipiter dans l’adoption de nouveaux critères de gestion des risques virologiques. La prudence est de mise pour éviter des mesures trop drastiques qui pourraient nuire inutilement à la filière.
Les conchyliculteurs, déjà soumis à des réglementations strictes, ont besoin d’indicateurs fiables, scientifiquement validés et adaptés aux réalités du terrain. En l’absence de preuve formelle établissant une corrélation systématique entre la présence de FRNAPH et un risque pour la santé publique, il serait prématuré d’imposer un nouvel indicateur sans avoir les résultats définitifs de l’étude Oxyvir 2.
Il est dommage d’avoir entendu que ce lancement 2024 était plus un élément de communication lancée à coups de dépenses assises sur des CPOs professionnelles, voire une donnée électoraliste, avec une absence d’objectivité et de neutralité propre à l’intérêt général que doit porter un élu.
Conclusion : Soutenir la recherche pour garantir une approche équilibrée
Notre syndicat appelle donc à la prudence et au soutien de la recherche scientifique pour garantir une gestion rigoureuse des risques sanitaires. L’expérimentation Oxyvir 2 doit se poursuivre dans de bonnes conditions afin d’apporter des données solides, permettant de prendre des décisions éclairées, assises sur des protocoles indiscutables , rigoureux et non soumis « au faire plaisir ».
D’ici là, la filière conchylicole doit rester mobilisée, en veillant à l’évolution des travaux et en plaidant pour une approche équilibrée qui protège à la fois la santé publique et l’économie conchylicole. L’enjeu est de taille : garantir une production de qualité tout en évitant des mesures disproportionnées basées sur des données incomplètes ou une science trop pressée de plaire .
Eurofins Scientific (s.d.). « ARN-f specific bacteriophages. »
Institut Pasteur (2022). « La phagothérapie, le traitement des infections bactériennes par certains virus dénommés bactériophages, est un procédé médical certes ancien, mais dont les mécanismes d’action sont encore mal connus. » Communiqué de presse du 14 avril 2022.
Institut Pasteur (2024). « Avec l’essor des antibiotiques dans les années 1930, la phagothérapie a été abandonnée. Aujourd’hui, la montée de l’antibiorésistance rend le traitement des infections bactériennes de plus en plus difficile et la phagothérapie suscite à nouveau l’intérêt des médecins et des chercheurs malgré sa complexité de mise en œuvre due à la très grande diversité et spécificité des bactériophages. » Communiqué de presse du 21 novembre 2024.
IRIG Grenoble (2023). « Les bactériophages sont des virus parasites de bactéries qui se répliquent exclusivement dans leur hôte, avec une remarquable spécificité. Depuis près d’un siècle, des suspensions de phages sont utilisées dans certains pays d’Europe de l’Est à des fins thérapeutiques comme traitement antibiotique. » Publication du 31 août 2023.
Hartard, C. (2017). « Les bactériophages ARN F-spécifiques comme indicateurs du danger viral lié à la pollution fécale des matrices hydriques et alimentaires. » Thèse de doctorat, Université de Lorraine, LCPME.
ACTALIA (2023). « PROJET OXYVIR 2 – Restitution des résultats sur le contrôle du risque à norovirus dans les huîtres et leur environnement. »
Pôle AQUIMER (s.d.). « OXYVIR 2. »
Coquillages.com (2023). « Reprise des suivis norovirus sur zones conchylicoles dans le cadre du projet OXYVIR 2. »
Hata, A., Kitajima, M., & Katayama, H. (2013). « Occurrence and reduction of human viruses, F-specific RNA coliphage genogroups and microbial indicators at a full-scale wastewater treatment plant in Japan. » Journal of Applied Microbiology, 114(2), 545-554.
Haramoto, E., Fujino, S., & Otagiri, M. (2015). « Distinct behaviors of infectious F-specific RNA coliphage genogroups at a wastewater treatment plant. » Science of the Total Environment, 520, 32-38.
26/03/2025 Réflexion complémentaire à la lumière des échanges avec les scientifiques du projet Oxyvir 2, entendues lors de tables rondes en conseil de filières chez Ifremer
Les échanges avec les équipes scientifiques du projet Oxyvir 2 témoignent d’avancées réelles. Des données s’accumulent, des hypothèses se confirment, et certaines pièces importantes du puzzle commencent à s’emboîter. Il serait toutefois prématuré de considérer que l’ensemble est suffisamment complet pour en tirer des conclusions opérationnelles.
Aujourd’hui, on pourrait estimer qu’il manque probablement encore un tiers des éléments nécessaires pour que l’image soit lisible dans toute sa complexité. Sans ces pièces manquantes, les fondements scientifiques restent partiels, et leur interprétation risque d’être biaisée. C’est pourquoi les porteurs du projet insistent sur la nécessité de laisser le temps à l’expérimentation, et de ne pas tirer trop tôt des conclusions à vocation réglementaire.
Dans ce contexte, une vigilance s’impose face aux injonctions institutionnelles ou aux discours politiques parfois trop affirmatifs. On peut se demander si certaines postures ne relèvent pas davantage d’une logique de communication que d’une réelle prise en compte des incertitudes scientifiques encore présentes. Il serait regrettable que la volonté de montrer des résultats, dans un climat électoral sensible, l’emporte sur l’exigence de rigueur qui doit guider les décisions en matière de santé publique et de filière alimentaire.
LE 21 -ème siècle sera marin, car la mer c'est la vie …et la vie c'est la conchyliculture
