ADC – Conchyliculture

LE 21 -ème siècle sera marin, car la mer c'est la vie …et la vie c'est la conchyliculture

Cette rubrique narrera sans être (véritablement) navré les tribulations de notre ami le Goéland Déchainé et de son cousin. le Cormoran déplumé, mais attention la punkette mouette est aussi en embuscade.

Leur ambition est d’interpeller sérieusement ou non, avec humour et légèreté.

VU !!!!!! DANS LA PARTIE POLITIQUE ++> : une autre histoire entendue dans une sacristie sur les côtes du Calvados : rouvrir la guerre des triploïdes …. sûrement un paroissien égaré dans son porte-monnaie ou dans ses poches/balloches au moment de la quête ( c’est presque une histoire pour notre ami Goéland :) ) . Après moi, je , voilà un beau programme …. encore un effort il ne va plus avoir de saturation de bassins (malgré leur vote dernier du SDS) . Ah relire la fable le loup et le Chien , sur l’air de tout se passe à Paris (surtout les affairismes)… Mais tout cela reste un joyeux humour de nos campagnes !

BIENTOT DANS TOUTES LES POCHES A HUITRES ! BIENTOT SUR TOUTES LES CORDES A MOULES

🎬 Bande-annonce : « Journal de bord d’une huître »

La chronique salée d’un métier qui ne l’est pas moins.

Vous pensiez qu’une huître ne parlait pas ?
Erreur.
Elle observe. Elle encaisse. Elle chronique.

Aux côtés de sa fidèle copine Moule — bouchotière à la langue bien pendue — notre huître raconte les coulisses de la filière :
celles qu’on ne montre pas sur les stands parisiens,
qu’on n’entend pas dans les discours officiels,
et qu’on préfère parfois enterrer… sous un vernis pastel et des mots à douze syllabes.


Au fil des épisodes :

  • Une interprofession qui caresse la communication mais oublie le contenu, et les conchyliculteurs,
  • Des visites ministérielles millimétrées, où tout est propre sauf la vérité,
  • Des médaillements en série, pendant que les huîtres meurent et les producteurs crèvent,
  • Des réunions où l’on parle stratégie technico-administratives et avancements de carrières, sans jamais parler prix, mais pas des entreprises familliales,
  • Et surtout : beaucoup de coquilles… et très peu de chair.
  • Et de la souveraineté alimentaire sans production naturelle, avec du surimi d’huîtres.
  • Et de l’aquaculture, mais plus de conchyliculture.
  • Et des sourires, et une pincée d’huile de bonne foi ou mauvais foie

Le Goéland déchaîné d’avant le printemps

Il est des spectacles dont la conchyliculture a le secret (d’autres n’ont rien à nous envier, mais nous sommes quand même dans le top 3 du ramage).  Des spectacles récurrents, presque saisonniers. Comme les marées ou les mortes-eaux, les blooms de phytoplancton… ou le renouvellement des CRC.

Chronique d’un engagement très… comment dire… variable

À cette période, une activité frénétique semble soudain saisir une partie de la profession, après avoir attendu la bonne parole administrative quelques mois, qui dépassent la douzaine d’huîtres. Bref une activité frénétique, Non pas dans les parcs. Ni dans les cabanes. Mais dans un endroit beaucoup plus fréquenté : la file d’attente pour critiquer.

On pourrait imaginer, voire dessiner : une longue, très longue file pour critiquer, une autre presque aussi fournie pour expliquer ce qu’il faudrait faire… et, tout au bout, une petite pancarte discrète : “File pour faire”.
Devant laquelle, comme par hasard, il n’y a presque personne.

Il faut dire que faire, c’est compliqué.
Il faut lire des dossiers, participer à des réunions, répondre à des courriers, prendre des coups, arbitrer entre des intérêts contradictoires, défendre la profession face à l’administration, aux ONG, aux élus, aux crises sanitaires, aux arrêtés, aux études, aux rapports et aux commissions, bref travailler.

Bref, faire, c’est ingrat, et très peu reconnu.

Critiquer, en revanche, est une activité à très forte valeur ajoutée.
Elle ne nécessite ni mandat, ni responsabilité, ni même parfois information préalable. Une opinion suffit, (et une girouette pour indiquer suivant le vent où on va tomber comme une figue molle). Deux si l’on veut être vraiment convaincant.

Et c’est là qu’un second dessin pourrait apporter une précision philosophique essentielle.  Un personnage (un pingouin ou un manchot, à ne pas confondre avec un empereur, ou un pape), à moitié immergé dans l’eau, explique avec aplomb :

« Ce n’est pas parce qu’on n’a aucune idée de ce que nous aurions fait

 qu’on doit s’empêcher de critiquer ce que vous avez fait. »

Voilà qui résume assez bien certaines prises de position que l’on peut entendre à l’approche des renouvellements.

Car chacun connaît la règle implicite de cette période :
plus on s’est tenu éloigné des responsabilités pendant des années, plus on est certain de ce qu’il aurait fallu faire.

Les élus sortants, eux, ont bien sûr faillis et commis une faute stratégique majeure :
ils ont essayé.

Et essayer expose à deux risques terribles :

  1. Ne pas réussir du premier coup ;
  2. Devoir prendre des décisions d’intérêt général dans un monde imparfait.
  3. Attendre et attendre que les couloirs administratifs se désencombrent

Pendant ce temps, ceux qui sont restés bien à distance bénéficient d’un avantage incomparable :
la perfection rétrospective. La critique et la vengeance personnelle, car mieux attaquer la personne que les idées (à Brassens tu nous manques)

Avec un recul confortable — souvent situé entre la remorque et la machine à café, ou le bol de chia si on est au-dessus du «pécore moyen »  — il est toujours possible de démontrer que tout aurait pu être mieux fait. Par quelqu’un d’autre. À un autre moment. Avec d’autres moyens. Et idéalement sans contraintes administratives, juridiques, environnementales, budgétaires ou politiques, BREF en ne respectant pas le droit et les règlements (trop barbant à lire).

Une méthode redoutablement efficace.

Mais le renouvellement des CRC a au moins une vertu :
il rappelle que les institutions professionnelles ne fonctionnent pas uniquement à l’indignation.

Elles fonctionnent grâce à quelques professionnels — souvent trop peu nombreux, on peut le regretter, mais c’est le corolaire de la file critiquer— qui acceptent de quitter, de temps en temps, la file critiquer… pour aller rejoindre la petite file pour faire.

Celle qui demande réflexions, et structuration mentale et non démagogique.

Celle qui est courte.
Celle qui est fatigante.
Mais qui, étrangement, est aussi la seule qui fasse avancer la profession.

Le Goéland déchaîné observera donc avec attention ( et délice)  les prochaines semaines.

Et il formule un vœu simple :
que la file pour faire s’allonge un peu.

Même si, soyons lucides, la file pour critiquer restera probablement la plus populaire du port.

Bien goélandement votre


Ici, pas de langue de bois, ni de plastique.
Juste de la vase, des tables , des pieux, des tracteurs , des chalands, et ….. du franc-parler, et un œil bien ouvert ( un bec de goéland) sur ce qu’on voudrait cacher (ou couvrir tel tartuffe de notre bon Molière), ou que l’on ne sait pas voir. De la mauvaise foi: peut-être; mais avant tout le parti d’en rire dans la tradition de la moquerie gauloise et des chansonniers.

« Journal de bord d’une huître »,
c’est la chronique satirique d’un secteur qu’on aime, qu’on défend —
mais qu’on refuse de laisser sombrer dans l’oubli poli des institutions et des décorations .

À lire, à partager, à discuter.
==> À chaque épisode, une vérité qui gratte un peu… mais qui réveille. Et qui fait sourire.

Journal de bord d’une huître (épisode 1) (2025 08 30

“Méfiez-vous des types qui ne parlent qu’eux-mêmes, ils veulent rarement votre bien-être.”

Lundi– 10h02 – Basse mer.
Je suis posée depuis 16 mois sur une table, bassin Nord-Ouest, légère brise d’ouest, coefficient 78. Ma vie est rythmée par les marées, les chants de goélands, les remous des crabes, et les conversations des humains au-dessus de moi.
Sauf qu’en ce moment, ça ne parle pas de phytoplancton. Ça cause salons.
Je me méfie du mot “salon”. Chez les humains, un salon, ce n’est pas un lieu de repos. C’est un endroit où l’on se congratule, on goberge, en racontant que tout va bien, bref une vie en rose dans une villa du même acabit. Même quand tout va mal.

Mercredi– 14h43 – Pleine mer.
Un type est passé et a regardé le parc. Petit pull ajusté, chaussures lustrées (quelle idée ! sauf pour se mirer), crane rasé, regard lointain, narines retroussées. Il parlait très fort, mais ne regardait jamais l’eau. Il a dit qu’il était moi, moi, « vice-président de l’exclusivité” du moi, ce qui m’a fait doucement rire (enfin, façon huître, hein). Il disait que “la filière est dynamique à Paris, dans les ministères, portée par la modernité et l’innovation, mais que l’on ne faisait rien.” (A mon avis, il devait se parler voire se confesser)
Je regardais mes copines moules mortes à côté de moi, croquées par des araignées, et j’ai pensé : “C’est sûr qu’on innove. On fait du cimetière ouvert.”

Vendredi– 11h12 – Marée montante.
J’ai entendu parler d’un Conseil de Filière. C’est comme une grande messe où on ne mange pas d’hostie, mais où on sert du vent. Il paraît que les vrais sujets sont évités, “pour ne pas froisser l’administration”.
On nous a promis une stratégie algue-coquillage à l’horizon 2040. J’ai calculé, à ce rythme, je serai déjà digérée.

Dimanche– 17h36 – Marée basse.
Un drone est passé pour filmer des plans aériens “valorisants”. Il paraît que c’est pour la communication de l’interprofession. On voit mieux les parcs depuis les airs, c’est vrai. Ce qu’on ne voit pas, en revanche, ce sont les bras cassés, les comptes dans le rouge, et les éleveurs qui dorment mal à cause des charges.
Mais bon, paraît que “tout est au vert” , comme la laitue sur l’affiche de pub nationale (on nous prend pour des chèvres ?)
Moi je suis plutôt couleur nacre, avec un fond d’ironie.

Conclusion de la semaine :
Si j’étais humaine, je proposerais qu’on fasse le prochain Conseil de Filière dans l’eau.
À 6h du matin.
Par 3 degrés.
Avec les bottes et les cirés,
Peut-être que là, on parlerait enfin des vraies choses.


Journal de bord d’une huître (épisode 2) (2025 08 31)

“J’étais dans un salon. Pas un grain de sable, mais beaucoup de langue de bois.”

Mardi 27 février – 9h12 – Porte de Versailles,

Je ne sais pas trop comment j’ai atterri là.
Un matin, on m’a sortie de mon parc, brossée comme jamais, posée sur de la glace pilée avec mes cousines. Objectif : “dégustation pédagogique”. Traduction : se faire bouffer en expliquant que c’est pour la cause.

10h03 – Arrivée des officiels.
Costumes, pin’s à la boutonnière, badge nominatif. Ils ont l’air sérieux, concentrés… sur le photographe.
Petit silence gêné. on parle d’image, de visibilité, de structuration des filières, de lui, de lui, un autre des méchants dans sa région qui lui demandent de respecter sa parole, et encore de lui, avec une variante de son moi-je exclusif.
Personne ne parle de mortalité, de charges, ni des araignées de mer, ni des soucis sanitaires. Ça fait désordre dans les éléments de langage.

11h20 – Discours du président.
Il utilise des mots très longs : “résilience”, “diversification”, “dynamique interacteurs” « Feampa fonds européens pêche mer aquaculture » , le tout ponctué d’un hochement de l’exclusivité tel le teckel sur la plage arrière de l’auto.
Moi, je traduis dans ma coquille :
→ Résilience : débrouille-toi.
→ Diversification : fais des algues si t’en peux plus des huîtres, mais attention grands groupes en approche.
→ Dynamique inter-acteurs : on continue de parler entre nous et le secteur commerce, on reçoit des ministres, des parlementaires, des directeurs, des sous-directeurs, (ils doivent en faire collection), et vous, les vrais, vous restez dehors.

→ Feampa :  une question sur l’égalité devant l’enveloppe mériterait d’être posées?

12h07 – Selfie Time.
UN vice-président revient, cette fois avec un veau sur l’épaule (en peluche), nouvelle séance de photos avec tout ce qui bouge : ministre, présentateur météo, statue de vache, pot de fleur. (Cela s’appelle faire un book mais pour quoi faire, c’est à la mode paraît-il) (comme un influenceur de son image)
Il me tire aussi le portrait, moi. #ProduitDuTerroir.
J’espère qu’il pensera à me taguer.

15h44 – Conférence “les coquillages de demain”.
Une start-up propose des huîtres connectées. Une autre, des bouchots biosourcés imprimés en 3D.
Une animatrice s’exclame : “Le futur est là !”
Moi, je me dis que ce serait déjà bien si le présent s’occupait du vivant.

Si je comprends bien, ils prônent l’auto confinement ou autocensure sur les pollutions extérieures , l’élevage en circuit fermé, bref la culture des huîtres sur les toits en ville; peut être du Surimi d’huîtres

17h10 – Fin de journée.
Un professionnel de terrain ose une remarque sur les prix de vente, la précarité des entreprises, et le silence sur les prédations de mes copines moules, l’indemnisation des zones fermées.
Il est prié de “positiver”, on va rédiger un décret pour résoudre la prédation: on nous a expliqué que si c’est simple, c’est simple … si c’est compliqué, c’est compliqué …
Parce que quand tu perds 30% de ton chiffre, tu dois simplement le faire avec le sourire.

22h10 – Retour à l’hôtel.

Ras la coquille du politiquement souriant , certains ont semblé énervés dans la nuit.

Conclusion de l’épisode :
On m’a servie à un influenceur food à 18h. Il m’a trouvée “authentique, iodée, intense”, et « allo c’est salé » .
C’est toujours ça.
Mais pour le reste… le seul endroit où tout est “au vert” (vert Marennes) (pour un royaume , aujourd’hui on dirait une élection :  un roi n’a-t-il pas dit Ma reine vaut bien une messe) , (erreur, c’est Paris qui est dans la citation historique)
Moi, je suis plutôt couleur réalité, mais pas la reine des pensées parisiennes.

Le Goéland déchaîné d’avant le printemps

Il est des spectacles dont la conchyliculture a le secret (d’autres n’ont rien à nous envier, mais nous sommes quand même dans le top 3 du ramage).  Des spectacles récurrents, presque saisonniers. Comme les marées ou les mortes-eaux, les blooms de phytoplancton… ou le renouvellement des CRC.

Chronique d’un engagement très… comment dire… variable

À cette période, une activité frénétique semble soudain saisir une partie de la profession, après avoir attendu la bonne parole administrative quelques mois, qui dépassent la douzaine d’huîtres. Bref une activité frénétique, Non pas dans les parcs. Ni dans les cabanes. Mais dans un endroit beaucoup plus fréquenté : la file d’attente pour critiquer.

On pourrait imaginer, voire dessiner : une longue, très longue file pour critiquer, une autre presque aussi fournie pour expliquer ce qu’il faudrait faire… et, tout au bout, une petite pancarte discrète : “File pour faire”.
Devant laquelle, comme par hasard, il n’y a presque personne.

Il faut dire que faire, c’est compliqué.
Il faut lire des dossiers, participer à des réunions, répondre à des courriers, prendre des coups, arbitrer entre des intérêts contradictoires, défendre la profession face à l’administration, aux ONG, aux élus, aux crises sanitaires, aux arrêtés, aux études, aux rapports et aux commissions, bref travailler.

Bref, faire, c’est ingrat, et très peu reconnu.

Critiquer, en revanche, est une activité à très forte valeur ajoutée.
Elle ne nécessite ni mandat, ni responsabilité, ni même parfois information préalable. Une opinion suffit, (et une girouette pour indiquer suivant le vent où on va tomber comme une figue molle). Deux si l’on veut être vraiment convaincant.

Et c’est là qu’un second dessin pourrait apporter une précision philosophique essentielle.  Un personnage (un pingouin ou un manchot, à ne pas confondre avec un empereur, ou un pape), à moitié immergé dans l’eau, explique avec aplomb :

« Ce n’est pas parce qu’on n’a aucune idée de ce que nous aurions fait

 qu’on doit s’empêcher de critiquer ce que vous avez fait. »

Voilà qui résume assez bien certaines prises de position que l’on peut entendre à l’approche des renouvellements.

Car chacun connaît la règle implicite de cette période :
plus on s’est tenu éloigné des responsabilités pendant des années, plus on est certain de ce qu’il aurait fallu faire.

Les élus sortants, eux, ont bien sûr faillis et commis une faute stratégique majeure :
ils ont essayé.

Et essayer expose à deux risques terribles :

  1. Ne pas réussir du premier coup ;
  2. Devoir prendre des décisions d’intérêt général dans un monde imparfait.
  3. Attendre et attendre que les couloirs administratifs se désencombrent

Pendant ce temps, ceux qui sont restés bien à distance bénéficient d’un avantage incomparable :
la perfection rétrospective. La critique et la vengeance personnelle, car mieux attaquer la personne que les idées (à Brassens tu nous manques)

Avec un recul confortable — souvent situé entre la remorque et la machine à café, ou le bol de chia si on est au-dessus du «pécore moyen »  — il est toujours possible de démontrer que tout aurait pu être mieux fait. Par quelqu’un d’autre. À un autre moment. Avec d’autres moyens. Et idéalement sans contraintes administratives, juridiques, environnementales, budgétaires ou politiques, BREF en ne respectant pas le droit et les règlements (trop barbant à lire).

Une méthode redoutablement efficace.

Mais le renouvellement des CRC a au moins une vertu :
il rappelle que les institutions professionnelles ne fonctionnent pas uniquement à l’indignation.

Elles fonctionnent grâce à quelques professionnels — souvent trop peu nombreux, on peut le regretter, mais c’est le corolaire de la file critiquer— qui acceptent de quitter, de temps en temps, la file critiquer… pour aller rejoindre la petite file pour faire.

Celle qui demande réflexions, et structuration mentale et non démagogique.

Celle qui est courte.
Celle qui est fatigante.
Mais qui, étrangement, est aussi la seule qui fasse avancer la profession.

Le Goéland déchaîné observera donc avec attention ( et délice)  les prochaines semaines.

Et il formule un vœu simple :
que la file pour faire s’allonge un peu.

Même si, soyons lucides, la file pour critiquer restera probablement la plus populaire du port.

Bien goélandement votre

LE GOELAND DE L’ETE

Conchyliculture française :

cette démission qui en dit long sur la gouvernance du CNC

et un petit coup de bec en passant.


Un départ qui dépasse largement une simple démission

Dans une organisation professionnelle, certaines démissions passent presque inaperçues. D’autres marquent une rupture. Celle du président d’un secteur du Comité national de la conchyliculture (CNC) appartient incontestablement à cette seconde catégorie. (il s’agit du secteur 1 Huîtres , appelé en intérim en cas de vacance de la la présidence)

Ce départ n’est ni un coup d’éclat ni une réaction d’humeur. La lettre adressée au président du CNC est mesurée et argumentée. Quoique l’on pense de la personne , elle mérite d’être respectée. Elle décrit le cheminement d’un responsable qui, après avoir accepté une mission difficile au plus fort des crises sanitaires frappant la conchyliculture française, constate qu’il ne lui est plus possible d’exercer pleinement les responsabilités qui lui avaient été confiées, d’autant plus que le président national était venu le débaucher, pour affaiblir des CRCs (Comité Régional de la Conchyliculture).

Au-delà des mots employés, c’est un constat lourd qui apparaît : lorsque la confiance disparaît, l’action finit par devenir impossible.


Une gouvernance qui interroge depuis plusieurs années

Personne ne peut sérieusement considérer cette démission comme un épisode isolé.

Depuis près de huit ans, les difficultés de fonctionnement au sein de la gouvernance nationale de la filière conchylicole se répètent avec une régularité troublante.

Au cours de cette période, les vice-présidences se sont succédé sans jamais parvenir à établir une relation de travail durable avec la présidence nationale. Une première démission est déjà intervenue durant ce mandat. À cela s’ajoutent les nombreux départs de directeurs au sein des différentes structures professionnelles concernées.

Naturellement, chaque situation possède sa propre histoire. Mais lorsque les départs deviennent récurrents, lorsqu’ils concernent des responsables aux parcours différents, aux sensibilités différentes et aux compétences reconnues, une question finit inévitablement par s’imposer : le problème relève-t-il uniquement des personnes… ou d’un mode de gouvernance ?

La question mérite d’être posée. Elle mérite surtout d’être débattue.


Pendant ce temps, les vrais dossiers attendent

Le plus regrettable est sans doute que cette énergie perdue dans les tensions internes manque aujourd’hui aux véritables priorités de la conchyliculture française.

Les ostréiculteurs attendent des réponses concrètes face aux fermetures sanitaires liées au norovirus (et surtout pas un programme non abouti à la fiabilité sans reconnaissance scientifique), aux conséquences des défaillances des stations d’épuration, à l’application effective du principe du pollueur-payeur, à la création d’un véritable fonds d’indemnisation des entreprises conchylicoles ou encore à la simplification des règles qui encadrent notre profession. Les productions conchylicoles chutent MAIS la présidence nationale signe seule avec l’Etat une augmentation sûrement virtuelle imaginée à Paris ; les cours dégringolent, la consommation « fout » le camp : quels beaux résultats, en 8 ans cette présidence aura poussé vers le bas les professionnels,et les envoyer au RMI  …

Autant de sujets évoqués dans cette lettre , comme dans les pseudo-conseils nationaux.

Autant de dossiers qui concernent directement l’avenir économique de centaines d’entreprises et de milliers d’emplois sur nos littoraux.

Pendant que certains regardent les équilibres internes, les professionnels, eux, continuent chaque matin à travailler avec la mer, les marées, les contraintes sanitaires et les réalités économiques, pour payer charges,et CPO nationales, pour arriver à un bilan comptable aux équilibres fragiles  et ne tenant qu’au prix de blocage de fonds (il serait normal de rendre cet argent aux entreprises de la filière).


Le silence est parfois plus parlant que les discours

Une autre interrogation ne manque pas de surprendre.

Nous sommes en pleine période électorale.

Les boîtes mail des professionnels débordent de lettres d’information, de bilans, de promesses, de photographies officielles et de professions de foi. Les newsletters se succèdent à un rythme soutenu pour expliquer ce qui aurait été accompli, ce qui sera entrepris demain, ou ce qu’il conviendrait de poursuivre.

Pourtant, sur ce départ majeur, silence absolu, comme lors du départ du même poste de Olivier LABAN.

Comme si cette information n’existait pas.

Comme si les conchyliculteurs ne devaient connaître que les nouvelles qui confortent le récit officiel.

Le silence n’efface jamais les faits. Il ne fait que les rendre plus visibles.


Quand la « Villa Rose » ressemble davantage à une cour qu’à une maison commune

IIl existe des lieux qui, avec le temps, finissent par façonner ceux qui les occupent.

La Villa Rose, siège « ironique » du Comité national de la conchyliculture, devrait être la maison commune de tous les producteurs français.

Elle ne peut devenir le symbole d’un pouvoir replié sur lui-même.

Car une organisation professionnelle ne fonctionne pas comme une monarchie. Elle ne repose ni sur la fidélité à un homme, ni sur le silence des autres.

Elle vit de débats contradictoires, de responsabilités partagées, d’idées confrontées, parfois de désaccords. C’est précisément cette diversité qui fait sa richesse.

À défaut, le risque est de transformer progressivement une institution professionnelle en une cour où chacun apprend davantage à plaire qu’à construire.

L’Histoire montre que les palais les plus silencieux ne sont pas toujours les plus solides, et ironie du sort ce « palais » fuit : une véranda prend l’eau de toute part, et dans l’acte notarié : aucune réserve, aucun diagnostic …. On croirait que les faits pointent du doigt le travail de cette présidence : quelle ironie !


Les conchyliculteurs méritent mieux

Notre interprofession conchylicole traverse probablement l’une des périodes les plus complexes de son histoire.

Crises sanitaires, changement climatique, concurrence internationale, baisse des prix, prédation, évolution des normes environnementales, renouvellement des générations : jamais les défis n’ont été aussi nombreux.

Dans un tel contexte, la gouvernance du CNC devrait être un facteur de rassemblement et non une usine à division.

Elle devrait favoriser les compétences plutôt que les fidélités, les projets plutôt que les postures, l’écoute plutôt que les certitudes.

Les producteurs n’attendent pas une communication toujours plus abondante.

Ils attendent une représentation forte, crédible, transparente et capable de défendre efficacement la conchyliculture française.


Au-delà des personnes, une question de démocratie professionnelle

Les personnes passent.

Les institutions demeurent.

C’est précisément parce que les institutions sont plus importantes que ceux qui les dirigent qu’elles doivent accepter le débat, la contradiction et la remise en question.

Cette démission ne constitue probablement pas la fin d’une histoire.

Elle pourrait être le début d’une réflexion devenue indispensable sur la gouvernance de notre Comité national de la conchyliculture, sur la place donnée aux élus de terrain et sur la manière dont les conchyliculteurs souhaitent être représentés demain.

La mer enseigne une leçon simple : aucune digue ne résiste durablement lorsqu’elle refuse de laisser circuler l’eau.

Il en va souvent de même des organisations humaines.


Le Goéland Déchaîné continuera, avec liberté et sans complaisance, à défendre une conviction simple : la conchyliculture française mérite une gouvernance exemplaire, ouverte au débat, respectueuse des femmes et des hommes qui produisent chaque jour nos huîtres, nos moules et nos coquillages. Parce qu’une institution forte ne se mesure pas à la hauteur de ses murs, mais à sa capacité d’écouter ceux qu’elle représente. Aussi aux prochaines élections, il y aura des candidats dignes et respectueux du travail des conchylicultrices et des conchyliculteurs de FRANCE.