- agriculture durable
- production agricole
- équilibre économique social environnemental
On entend beaucoup parler d’« agriculture durable ». Mais derrière ce mot, certains entretiennent une confusion : durable ne veut pas dire immuable, encore moins sanctuarisé.
Être durable, c’est produire aujourd’hui sans abîmer les ressources de demain. C’est trouver un équilibre entre trois dimensions :
- la viabilité économique des exploitations (car sans revenu, pas d’agriculteurs) ;
- la dimension sociale et territoriale (emploi, transmission, vitalité des campagnes et des littoraux) ;
- la responsabilité environnementale (préserver les sols, l’eau, la biodiversité, limiter les émissions).
Le durable, ce n’est pas « mettre sous cloche » ou figer nos pratiques. C’est au contraire une dynamique d’adaptation permanente, guidée par la science, l’innovation et l’expérience de terrain.
La rotation des cultures, l’agroforesterie, la conchyliculture qui filtre naturellement l’eau : voilà des exemples concrets d’une agriculture vivante, productive et respectueuse de l’environnement.
Dans nos métiers, nous portons cette exigence de durabilité. Elle nous distingue d’une vision figée qui voudrait transformer nos zones de production en sanctuaires inaccessibles.
Une conchyliculture durable, c’est une conchyliculture active, évolutive, et fière de nourrir les générations présentes et futures.
Pour aller plus loin
1. Définition générale
La notion de durabilité en agriculture découle du concept de développement durable, défini par le rapport Brundtland (1987) :
« un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs »1.
Ce principe a été reconnu lors du Sommet de la Terre de Rio (1992), puis décliné dans l’Agenda 212.
En agriculture, la « durabilité » signifie produire des denrées alimentaires en assurant la préservation des ressources naturelles, la viabilité économique des exploitations et la cohésion sociale.
2. Les trois piliers de la durabilité agricole
La durabilité repose sur trois dimensions indissociables, reconnues par la FAO et l’Union européenne :
- Durabilité économique : maintien d’exploitations viables et compétitives, conformément à l’article 39 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE)3.
- Durabilité sociale et territoriale : conditions de travail, santé, emploi et transmission des exploitations4.
- Durabilité environnementale : protection des sols, de l’eau, de la biodiversité, réduction des émissions de gaz à effet de serre, conformément au règlement (UE) 2021/2115 établissant la PAC 2023-20275.
3. Un équilibre dynamique et évolutif
La durabilité n’est pas une norme figée, mais un équilibre en mouvement :
- Une pratique écologique mais économiquement intenable n’est pas durable.
- Une activité rentable mais destructrice des ressources ou socialement inéquitable ne l’est pas non plus.
La durabilité se définit donc comme un processus d’adaptation permanente, inscrit au cœur de la stratégie européenne « De la ferme à la table » (Farm to Fork)6.
4. Confusion fréquente : durable ≠ immuable ou sanctuarisé
Un point de vigilance doit être souligné : certains acteurs assimilent la notion de « durable » à celle d’immuable ou de sanctuarisé.
- Durable ne signifie pas figé : la durabilité suppose l’évolution des pratiques agricoles en fonction des connaissances scientifiques, des besoins alimentaires, des innovations techniques et des contraintes climatiques.
- Durable ne signifie pas sanctuaire : il ne s’agit pas de mettre les espaces de production « sous cloche » en interdisant toute activité, mais de les gérer de façon qu’ils restent productifs et vivants sur le long terme.
- Cette confusion peut conduire à des blocages ou à des revendications excessives, alors que la durabilité doit être comprise comme une gestion dynamique des équilibres, conciliant production et préservation.
Le Code rural et de la pêche maritime (art. L. 1) en France traduit bien cette approche :
« Les politiques agricoles, agroalimentaires et forestières visent à assurer la compétitivité des exploitations, l’emploi, la protection de l’environnement et l’aménagement équilibré du territoire »7.
5. Exemples concrets
- Rotation culturale et couverture des sols : recommandées par la FAO et intégrées dans la PAC (BCAE 7 et 8).
- Conchyliculture : reconnue comme activité durable par la FAO et l’IFREMER, car elle filtre naturellement l’eau et ne recourt pas aux intrants chimiques.
- Agroforesterie : encouragée par le Plan national de développement de l’agroforesterie (2015), contribuant à la biodiversité et au stockage de carbone.
6. Conclusion
La production agricole durable ne doit pas être comprise comme une agriculture « immobile » ou « sanctuarisée », mais comme une agriculture capable d’évoluer et de s’adapter pour répondre aux besoins alimentaires présents et futurs.
Elle repose sur un socle solide :
- le droit international (ONU, FAO),
- le droit européen (PAC, stratégie Farm to Fork),
- et le droit français (Code rural).
C’est donc une notion juridique, économique et environnementale, et non un slogan politique ou militant.