Chapitre 2 Un comité de la parole Quand la parole remplace l’action : le CNC a-t-il encore un cap ?
Il est des présidences qui rassemblent. D’autres qui administrent. Et puis il existe celles qui parlent beaucoup, produisent une abondante littérature institutionnelle, multiplient les lettres d’information, les éditoriaux convenus et les déclarations d’intention… mais peinent à convaincre qu’elles transforment réellement les mots en résultats.
À la lecture des dernières communications nationales, un sentiment s’impose : celui d’un interminable défilé de banalités consensuelles, où chaque phrase semble avoir été soigneusement calibrée pour ne froisser personne, surtout parmi les puissants dont dépend l’institution.
À force de vouloir plaire à tous, on finit souvent par ne plus défendre personne.
Pendant que les entreprises conchylicoles affrontent des crises sanitaires à répétition, des fermetures administratives, l’absence d’indemnisation, la baisse des prix, la concurrence internationale et des réglementations toujours plus nombreuses, elles attendent une parole forte. Une parole qui dérange parfois, qui interpelle l’État lorsque c’est nécessaire, qui défende sans détour ceux qui financent l’interprofession : les conchyliculteurs, producteurs, bref la base..
À la place, elles reçoivent une communication lisse, rassurante, où l’autosatisfaction semble parfois tenir lieu de stratégie.
Difficile, dans ce contexte, de ne pas penser au portrait que dressait Hippolyte Taine de Robespierre :
« Esprit creux et gonflé qui, parce qu’il est plein de mots, se croit plein d’idées, jouit de ses phrases et se dupe lui-même pour régenter autrui. »
La comparaison ne vaut évidemment pas pour les personnes, mais pour une manière d’exercer le pouvoir : celle où le verbe finit par remplacer l’action, où l’abondance des discours masque la pauvreté des résultats, où l’on confond communication et gouvernance.
Car la véritable question n’est pas celle du style. Elle est celle de la méthode.
Une interprofession nationale n’est pas une cour. Son président n’est pas un monarque. Les textes qui régissent le Comité national de la conchyliculture ont précisément prévu une gouvernance collégiale, fondée sur les Comités régionaux, sur la représentation des territoires et sur le débat. Le pouvoir n’y est pas un attribut personnel ; il est une responsabilité collective.
Lorsque les décisions remontent de moins en moins du terrain, lorsque la contradiction devient suspecte, lorsque l’information circule davantage du sommet vers la base que dans les deux sens, lorsque les départs se multiplient parmi ceux qui travaillaient au plus près de la présidence, chacun est en droit de s’interroger sur le fonctionnement réel de l’institution.
Diviser pour régner est une vieille méthode. Elle est rarement une stratégie d’avenir.
La conchyliculture française mérite mieux qu’une gouvernance verticale où l’image finit par prendre le pas sur la mission.
Elle mérite une présidence qui écoute avant de parler.
Qui partage avant de décider.
Qui fédère au lieu de sélectionner les interlocuteurs.
Qui accepte le débat plutôt que l’unanimité de façade.
Les producteurs ne demandent ni effets de manche ni slogans. Ils demandent des résultats.
Ils demandent que l’on parle enfin des vrais sujets : la qualité des eaux, les pollutions terrestres, les indemnisations, la compétitivité, la simplification administrative, le renouvellement des entreprises, la place des Comités régionaux dans les décisions nationales.
Une interprofession ne se mesure pas au nombre de ses éditoriaux, ni à la multiplication des postes administratifs, mais à sa capacité à défendre efficacement ceux qui la financent.
L’heure n’est plus à l’autocélébration permanente. Elle est au retour du collectif.
Parce qu’une institution qui ne supporte plus le débat finit toujours par s’éloigner de ceux qu’elle représente.
Et parce que la conchyliculture française mérite une gouvernance fondée sur une conviction simple : le pouvoir ne grandit jamais celui qui le concentre ; il grandit ceux qui savent le partager.

Chapitre 1 CRC, CNC…
Qui décide vraiment ?
Comprendre la gouvernance de la conchyliculture
Pourquoi ce sujet est important ?
En conchyliculture, beaucoup de décisions nous concernent directement : zones de production, concessions, dialogue avec l’administration, projets collectifs… Mais derrière ces décisions, qui fait quoi ? Entre comités régionaux (CRC) et comité national (CNC), les rôles sont parfois mal compris. Il est temps de clarifier les choses. Car il ne faut pas se tromper les CRCs sont une création du Code Rural et de la Pêche maritime, à égalité avec le CNC, dans le même article de loi
Les CRC : des représentants locaux, au plus près du terrain, les CRCs sont UTILES aux professionnels
Les comités régionaux de la conchyliculture (CRC) existent pour représenter les entreprises conchylicoles d’un territoire donné. Ils sont constitués par et pour les professionnels, avec des représentants élus, un budget alimenté par des cotisations, et des missions claires :
- travailler avec les préfectures et les DDTM au sujet des concessions et de l’occupation du PM,
- défendre les intérêts des bassins de production, en respectant leur identité, dans une logique d’intérêt collectif avec une vision globalisée de l’ensemble du territoire du CRC
- organiser la profession à l’échelle régionale, il n’y a pas un département meilleur qu’un autre , ni une région
- défendre nos entités régionales, et départmentales
- accompagner les entreprises au quotidien.
Les CRC sont autonomes. Ce ne sont pas des antennes du CNC, ni des services de l’État. Ils ont leur personnalité morale (comme une entreprise ou une association) et leur propre budget.
Le CNC : une interprofession nationale, pas un chef, il n’est qu’un parmi les 7 Crcs
Le Comité national de la conchyliculture (CNC), c’est la structure qui devrait coordonner les grandes orientations au niveau national. Il devrait veiller à l’unité et non diviser pour régner, mais avec un petit effort penser et travailler stratégies et non photos.
Il regroupe différents acteurs de la filière : producteurs, mais aussi transformateurs, distributeurs, coopération maritimes, centrales d’achats, bref beaucoup de gens qui pensent intérêts privés ou corporatistes …
Son rôle : porter la voix de la conchyliculture auprès des ministères, participer à l’élaboration des politiques publiques en lien avec les CRCs et non sans les CRCs, et proposer une vision globale unitaire … pour le secteur.
Mais attention : le CNC n’a pas de pouvoir hiérarchique sur les CRC. Il ne peut pas décider à leur place, ni s’imposer dans une réunion régionale sans y avoir été invité. Les CRC ne lui sont pas subordonnés. Et pour cause : ce sont les CRC qui envoient des représentants au CNC, pas l’inverse !
Cotisation obligatoire : un point de solidarité… et de contrainte
Pour fonctionner, les comités (CRC et CNC) perçoivent une cotisation professionnelle obligatoire (CPO). Tous les professionnels doivent la payer. Elle est fixée en fonction du chiffre d’affaires.
Pourquoi cette cotisation est-elle obligatoire ? Parce qu’elle permet à la profession de s’organiser collectivement. Sans elle, pas de CRC, pas de défense des concessions, pas d’interlocuteur auprès de l’État.
Mais ce n’est pas une simple adhésion : le non-paiement peut entraîner la suspension ou le retrait de la concession. C’est donc un levier fort pour garantir la cohésion de la profession, encore faut-il respecter les textes en vigueur…
Et on entend souvent que à quoi sont utilisées CPO nationales : bonne question.
Une gouvernance qui part du terrain
Il faut retenir ceci : la conchyliculture est organisée de manière décentralisée. Cela veut dire que le pouvoir part du bas (des CRC) pour aller vers le haut (le CNC), et non l’inverse.
Ce modèle garantit que les décisions nationales ne soient pas coupées des réalités locales. Il permet aussi de faire entendre la voix des professionnels, pas seulement des structures centrales.
En résumé
- Les CRC sont les seuls et entiers représentants des professionnels sur le terrain, avec une vraie autonomie.
- Le CNC , qui n’est qu’ interprofession, coordonne au niveau national à travers une commission dite des présidents (encore faudrait-il en respecter la forme et le fonds ! ), mais ne commande pas aux CRC.
- La cotisation obligatoire est un outil de solidarité, mais aussi de responsabilité pour les élus, et principalement le président.
- C’est depuis les territoires, donc depuis les CRCs que se construit la gouvernance de notre métier.
Pourquoi cet article maintenant ?
Parce que dans un contexte de renouvellement des instances, il est essentiel que chacun sache où se situe le pouvoir, et comment il s’exerce. Mieux comprendre, c’est mieux défendre la profession. Car actuellement , on voit s’avancer de façon masquée des individus qui n’ont que jactance, mais qui par derrière ont un seul programme : leur intérêt personnel (moi, moi, moi, … et re-moi).
Il est temps de remettre l’église au centre du Village, et non le curé pauvre être perdu sur terre, cible et sensible aux tentations personnelles terrestres.
Si tu es professionnel et que tu veux t’engager, cette organisation a besoin de toi : au niveau régional, dans ton CRC, là où les décisions commencent vraiment, mais pour commencer rejoins notre syndicat ADC.
Votre commentaire est attendu. Courtoisie et réflexions sont à privilégier.