L a production d’huîtres et de moules décroche malgré le Plan Aquacultures d’avenir
Ostréiculture, mytiliculture, CNC, Plan Aquacultures d’avenir : les chiffres officiels d’Agreste imposent aujourd’hui de regarder la réalité en face. En 2024, la France n’a commercialisé que 81 383 tonnes d’huîtres et 48 775 tonnes de moules. Des niveaux très éloignés des objectifs affichés à l’horizon 2030 : environ 120 000 tonnes d’huîtres et 70 000 tonnes de moules. À l’heure d’une nouvelle présidence du Comité national de la conchyliculture, l’heure devrait être moins aux proclamations qu’au bilan, aux explications et surtout à la reconquête productive.
Les chiffres officiels racontent une histoire préoccupante
Il n’est même pas nécessaire de qualifier l’évolution de la conchyliculture française : les chiffres suffisent.
Selon les enquêtes publiques d’Agreste, les ventes finales d’huîtres s’établissaient à 92 947 tonnes en 2018.
En 2024, elles ne sont plus que de 81 383 tonnes.
En six ans, 11 564 tonnes ont disparu des volumes commercialisés, soit une contraction de 12,4 %.
La trajectoire mytilicole est différente, mais son retournement récent est encore plus spectaculaire.
Après avoir atteint 66 321 tonnes en 2021, les ventes finales de moules sont revenues à 48 775 tonnes en 2024.
En trois ans, cela représente 17 546 tonnes de moins, soit une chute de 26,5 %.
Il ne s’agit plus de quelques centaines de tonnes fluctuant d’une campagne à l’autre.
Il s’agit de dizaines de milliers de tonnes.
2024 : quand les huîtres et les moules reculent ensemble
La dernière enquête Aquaculture d’Agreste, dans sa version révisée de mai 2026, mérite une attention particulière.
En 2024, les huîtres reculent de 10 % en volume, à 81 383 tonnes. Leur valeur chute simultanément de 21 %, à 407,6 millions d’euros, pour un prix moyen de 5,01 €/kg.
Les moules connaissent également une contraction de 11 %, à 48 775 tonnes, avec un prix moyen de 2,48 €/kg.
Ce recul simultané est d’autant plus significatif que la conchyliculture reste le premier secteur de l’aquaculture française : elle représente, selon Agreste, 75 % des volumes et 65 % de la valeur de l’aquaculture nationale en 2024.
Le sujet dépasse donc largement la seule situation de quelques bassins de production.
Il touche une composante majeure de l’économie maritime et littorale française.
En 2022, pourtant, l’objectif était de produire davantage
C’est ici que la comparaison devient particulièrement instructive.
Le 4 mars 2022, l’État, les Régions et les représentants professionnels signaient le Plan Aquacultures d’avenir 2021-2027.
Le président alors en fonction du Comité national de la conchyliculture figurait parmi les signataires ( sans concertation réelle avec les CRCs, juste un travail de salon) ( et sans un minimum de travail de terrain, et de lecture des documents officiels)..
Le ministère de l’Agriculture expliquait alors que ce plan devait définir des objectifs, des outils d’accompagnement et identifier les freins à lever pour permettre le développement de l’aquaculture française.
L’ambition était parfaitement claire : développer l’aquaculture, notamment pour contribuer à la souveraineté alimentaire française.
Pour la conchyliculture, les objectifs chiffrés présentés dans le cadre du suivi du Plan étaient ambitieux :
environ 120 000 tonnes d’huîtres à l’horizon 2030 ;
environ 70 000 tonnes de moules à l’horizon 2030.
Les références retenues étaient respectivement de 86 000 tonnes d’huîtres et 61 000 tonnes de moules en 2019.
Objectifs 2030 contre réalité 2024
Six ans avant l’échéance, la photographie mérite donc d’être regardée sans détour.
| Filière | Référence du Plan | Objectif 2030 | 2024 | Écart avec l’objectif |
| Huîtres | 86 000 t | ≈ 120 000 t | 81 383 t | –38 617 t |
| Moules | 61 000 t | ≈ 70 000 t | 48 775 t | –21 225 t |
Voilà probablement le chiffre essentiel.
En 2024, les volumes commercialisés sont non seulement très éloignés des objectifs fixés pour 2030 : ils sont également inférieurs aux niveaux de référence à partir desquels avait été construite la stratégie de développement.
Pour les huîtres, il manque près de 39 000 tonnes pour atteindre l’objectif 2030.
Pour les moules, plus de 21 000 tonnes.
Cela ne signifie évidemment pas que l’objectif 2030 devrait déjà être atteint en 2024.
Mais cela signifie quelque chose de beaucoup plus préoccupant : à ce stade, la trajectoire constatée ne converge pas vers l’objectif annoncé.
Elle s’en éloigne.
Signer un plan est une chose. Le piloter en est une autre.
Personne de sérieux ne prétendra qu’un président d’interprofession décide de la température de l’eau, des mortalités, des tempêtes, des prédations ou des contaminations microbiologiques.
La situation de la conchyliculture est multifactorielle.
Les professionnels affrontent le changement climatique, les mortalités, la prédation, la dégradation de la qualité des eaux, les fermetures sanitaires, les difficultés de recrutement, les contraintes administratives, la concurrence entre usages du littoral et les difficultés de transmission.
Mais précisément.
À quoi sert une organisation interprofessionnelle nationale sinon à identifier ces obstacles, les anticiper, les hiérarchiser et obtenir les réponses permettant aux entreprises de continuer à produire ?
La responsabilité d’une gouvernance professionnelle ne consiste pas à commander aux éléments.
Elle consiste à définir une stratégie, défendre les conditions permettant sa réalisation, mesurer ses résultats et corriger la trajectoire lorsqu’elle s’écarte des objectifs.
C’est sur ce terrain que le débat doit désormais avoir lieu.
Où sont les mesures correctrices ?
Lorsqu’un plan national prévoit une augmentation de la production et que, quelques années plus tard, les principaux indicateurs évoluent dans la direction opposée, plusieurs questions deviennent légitimes.
Quels objectifs intermédiaires ont été définis ?
Quels indicateurs ont été suivis ?
Quels freins identifiés en 2022 ont réellement été levés ?
Quelles mesures ont été prises lorsque les volumes mytilicoles ont commencé à décrocher fortement ?
Quels résultats concrets ont été obtenus ?
Quels moyens supplémentaires ont été demandés à l’État ?
Et surtout : quelle stratégie correctrice a été engagée pour remettre les filières sur la trajectoire annoncée ?
Ce ne sont pas des questions polémiques.
Ce sont des questions normales de gouvernance.
La valeur ne doit plus masquer les volumes
Pendant plusieurs années, la hausse des prix a pu entretenir une représentation rassurante de la situation économique de la filière.
Mais une augmentation du chiffre d’affaires ne signifie pas nécessairement que la filière produit davantage.
L’année 2023 en constitue une bonne illustration : Agreste recensait 90 410 tonnes d’huîtres pour 514,7 millions d’euros, avec un prix moyen de 5,69 €/kg.
Un an plus tard, le volume retombe à 81 383 tonnes et la valeur à 407,6 millions d’euros.
La progression des prix peut momentanément amortir une diminution des volumes.
Elle ne peut durablement tenir lieu de politique de développement.
Car produire moins finit par avoir des conséquences très concrètes : moins de capacité productive, davantage de difficultés pour amortir les investissements, une fragilisation des entreprises, des transmissions plus difficiles et, à terme, un risque de recul de la présence conchylicole sur le littoral.
La production doit donc redevenir un indicateur stratégique majeur.
Mytiliculture : perdre plus d’un quart des volumes en trois ans doit provoquer une réaction
Le cas des moules mérite à lui seul une analyse nationale.
2021 : 66 321 tonnes.
2022 : environ 58 100 tonnes.
2023 : 54 531 tonnes.
2024 : 48 775 tonnes.
Soit –26,5 % entre 2021 et 2024.
Une telle évolution appelle une analyse approfondie : prédation, productivité des bassins, changement climatique, disponibilité du naissain, qualité de l’eau, rentabilité, renouvellement des concessions, développement des cultures sur filières ou au large…
On peut discuter des causes MAIS On ne peut plus discuter du constat.
Plus d’un quart des volumes commercialisés a disparu en trois ans.
Une interprofession nationale doit être capable d’expliquer pourquoi et, surtout, de présenter la stratégie destinée à inverser cette évolution.
Ostréiculture : 12 % de volumes en moins qu’en 2018
La situation ostréicole est moins linéaire.
Il serait donc excessif de présenter chaque année depuis 2018 comme une année de baisse.
Les volumes ont fluctué et l’année 2023 avait notamment connu un rebond important.
Mais la comparaison de moyen terme demeure incontestable :
92 947 tonnes en 2018 ;
81 383 tonnes en 2024.
Soit –12,4 %.
Et surtout, les 81 383 tonnes de 2024 restent très loin des quelque 120 000 tonnes visées pour 2030.
Là encore, l’enjeu n’est pas de rechercher une responsabilité simpliste.
Il est de savoir comment passer de 81 000 à 120 000 tonnes alors que la tendance de moyen terme n’est actuellement pas orientée dans cette direction.
Voilà la question stratégique.
Une nouvelle présidence du CNC : changer de méthode
L’arrivée d’une nouvelle présidence au Comité national de la conchyliculture (CNC) intervient donc à un moment déterminant.
Un changement de président ne peut évidemment, à lui seul, modifier instantanément les fondamentaux économiques, environnementaux ou sanitaires d’une filière MAIS Force est de constater qu’après DEUX mandats , soit près de 9 ans, la filière se porte mal, et de plus en plus mal.
Les producteurs de base auraient le droit, voire le devoir de dire STOP, et comme disent les jeunes NEXT
Et alors il faut changer une méthode.
- remettre la production au centre des priorités.
- demander une évaluation précise du Plan Aquacultures d’avenir.
- établir des indicateurs publics et annuels.
- fixer des objectifs intermédiaires.
- identifier, bassin par bassin, les capacités de développement.
- faire de chaque obstacle identifié un dossier à résoudre plutôt qu’une difficulté à constater.
La nouvelle gouvernance, donc un nouveau président et un collège de sages autour de lui, pourrait ainsi commencer par répondre à six questions simples :
Combien voulons-nous produire ?
Dans quels bassins ?
Dans quel délai ?
Quels obstacles empêchent aujourd’hui cette production ?
Quelles décisions doivent être obtenues de l’État ?
Et comment mesurerons-nous, chaque année, les résultats ?
Des objectifs affichés à l’exigence de résultats mesurables
La France possède pourtant des atouts conchylicoles exceptionnels.
Un littoral considérable.
Des bassins de production historiques.
Des savoir-faire transmis depuis plusieurs générations.
Des entreprises profondément enracinées dans les territoires.
Des produits reconnus.
Des métiers non délocalisables.
Et une production de coquillages qui participe directement à l’activité économique de nombreuses communes littorales.
C’est précisément pourquoi la situation actuelle mérite mieux que des discours convenus.
Le Plan Aquacultures d’avenir portait une ambition. Cette ambition reste pertinente, si ce n’est pas un ambition personnelle et médiatique.
Mais une ambition qui n’est pas mesurée finit par devenir un slogan.
Et un plan de développement dont la trajectoire s’éloigne durablement des objectifs finit nécessairement par poser la question de son pilotage.
Produire : voilà aussi la souveraineté
La souveraineté alimentaire ne se proclame pas.
Elle se produit.
En 2022, l’État et les professionnels ont choisi de faire du développement de l’aquaculture française un objectif stratégique.
Il faut maintenant confronter cette ambition aux résultats.
81 383 tonnes d’huîtres.
48 775 tonnes de moules.
Face à des objectifs d’environ :
120 000 tonnes d’huîtres ;
70 000 tonnes de moules.
Ces chiffres ne condamnent pas l’avenir de la conchyliculture française.
Ils commandent en revanche une réaction.
À la nouvelle présidence du CNC revient désormais une responsabilité essentielle : transformer une ambition ancienne en trajectoire vérifiable de reconquête productive.
Les professionnels n’ont pas besoin d’un nouveau récit sur le développement.
Ils ont besoin que le développement redevienne une réalité mesurable.
Sources institutionnelles
Agreste – Enquête Aquaculture 2024, Chiffres et données n° 2026-4, version révisée mai 2026.
Agreste – Enquête Aquaculture 2023.
Ministère de l’Agriculture – Plan Aquacultures d’avenir 2021-2027, signé le 4 mars 2022.
Direction interrégionale de la mer – Comité de suivi du Plan Aquacultures d’avenir : objectifs nationaux d’environ 120 000 tonnes d’huîtres et 70 000 tonnes de moules à l’horizon 2030.
Sources : Enquête Aquaculture 2024 – Agreste, Enquête Aquaculture 2023 – Agreste et Plan Aquacultures d’avenir – ministère de l’Agriculture