Ou l’art de conjuguer les mots dune villa rose quand les conchyliculteurs attendent des actes.
Il paraît que la conchyliculture possède désormais deux langues. Celle des gens de mer, qui parlent de production, de prix, de mortalités et de trésorerie. Et celle des salons parisiens, où les mots prennent parfois le large sans que les idées suivent.
Notre Goéland, le rose aux joues comme une villa, curieux de nature et quelque peu déplumé par les années, a donc ressorti son vieux dictionnaire pour tenter de comprendre ce drôle de langage institutionnel.
Amphigouri : discours compliqué dont on cherche encore le sens. Pratique lorsqu’une question simple risque d’appeler une réponse embarrassante.
Embrouillamini : situation dans laquelle chacun finit par se demander qui décide quoi, et surtout pourquoi. Une spécialité que connaissent bien les amateurs de gouvernance.
Garrulité : abondance de paroles. Ne garantit malheureusement ni l’abondance des huîtres ni celle des résultats.
Babillard : celui qui parle beaucoup, parfois davantage qu’il n’écoute. Le Goéland connaît quelques oiseaux de cette espèce. Ils sont généralement plus à l’aise au pupitre ( si le discours a été préparé) que sur l’estran.
Palinodie : changement de discours ou d’opinion. Hier, c’était impossible. Aujourd’hui, c’est envisageable. Demain, on expliquera que l’idée était excellente depuis le début.
Captieux : se dit d’un raisonnement habile, mais dont il vaut mieux examiner les détours. Dans les réunions, il arrive qu’on perde le fil avant d’avoir trouvé la réponse.
Matamore : personnage de comédie qui aime les grandes déclarations et les postures héroïques. Sur les côtes, on préfère généralement ceux qui savent tenir la barre, même par gros temps.
Godelureau : personnage élégant, volontiers satisfait de lui-même. Le plumage est soigné, mais cela ne renseigne guère sur les qualités de navigation.
Cuistre : personnage qui étale son savoir avec une assurance parfois supérieure à ses connaissances. Une vieille figure de la littérature comique, toujours appréciée des caricaturistes.
Sycophante : dans l’Antiquité, dénonciateur intéressé. Dans les comédies, personnage qui trouve souvent plus avantageux d’approuver que de réfléchir.
Foutriquet : petit personnage prétentieux, bien connu du théâtre satirique. Il fait beaucoup de gestes pour donner l’impression qu’il occupe beaucoup de place.
Faraud : qui affiche fièrement son importance. Notre Goéland, lui, préfère les gens qui n’ont pas besoin de rappeler leur titre pour se faire entendre.
Coquecigrue : idée extravagante, fantaisie sans grand rapport avec la réalité. Certaines théories gagneraient sans doute à passer une marée sur les parcs avant de devenir des certitudes.
Voilà donc treize mots pour enrichir notre vocabulaire. Et, reconnaissons-le, quelques beaux spécimens pour peupler une comédie.
Mais pendant que les dictionnaires s’enrichissent, la conchyliculture, elle, ne vit pas de mots.
Les entreprises produisent, vendent, investissent quand elles le peuvent, affrontent les fermetures sanitaires, les mortalités et les charges. Elles attendent des décisions, des résultats et surtout qu’on les écoute.
Au moment de refermer un mandat, une question demeure : faut-il mesurer le travail accompli au nombre de discours prononcés, de photographies publiées et de réunions tenues, ou aux difficultés réellement surmontées ?
Notre Goéland n’a pas la réponse à tout. Il sait simplement qu’un beau discours ne fait pas pousser une huître, qu’une belle photographie ne remplit pas une trésorerie et qu’un fauteuil, aussi confortable soit-il, ne constitue pas à lui seul un bilan.
La morale du Goéland
On peut connaître tous les mots du dictionnaire, et chercher encore ceux qui apportent des réponses.
Et puis, entre nous, à force de brasser de l’air, on finit par se prendre pour le vent.
Le Goéland déplumé
Il a laissé quelques plumes dans la bataille, mais certainement pas son sens de l’humour.